« Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s’exposent à la revivre » Elie Wiesel, Prix Nobel de la Paix.

A la fin du 19ème siècle, le roi des Belges Léopold II était le propriétaire sans partage de l’État indépendant du Congo. Cette part du « succulent gâteau africain » – le bassin du gigantesque fleuve Congo – il l’avait obtenue à la Conférence de Berlin de 1885, en exploitant habilement les rivalités coloniales des pays européens.

Pour parvenir à ses fins, Léopold avait prétendu qu’il ne recherchait d’autre but que d’ouvrir à la civilisation un continent plongé dans les ténèbres et déchiré par les luttes tribales. Non seulement il délivrerait de l’esclavage des populations asservies par des trafiquants arabes sans scrupule, mais il servirait aussi la science en dépêchant dans ces contrées sauvages des explorateurs, des géographes, des ethnologues et des géologues.

Caricature de Léopold II dans les journaux de l'époque

Caricature de Léopold II dans les journaux de l’époque

Bref, l’humanité tout entière retirerait les bénéfices de cette « œuvre civilisatrice ». Mais, naturellement, il était juste qu’il fût payé de ses efforts et de ses risques par les retombées sonnantes et trébuchantes d’un commerce – équitable, cela va de soi – auquel pourraient participer toutes les nations qui le souhaiteraient.

Écrans de fumée

Ces discours lénifiants, auxquels se laissèrent prendre les participants à la conférence de Berlin, n’étaient que des écrans de fumée. Entre 1885 et 1908, Léopold se comporta comme un affairiste cupide à la tête d’une société privée, pillant allègrement sa colonie et réduisant au servage ses habitants.

Cédant à ces pressions de plus en plus insistantes, le Gouvernement britannique confia à son représentant au Congo, Sir Roger Casement, la mission d’enquêter et de rédiger un rapport. Les conclusions furent accablantes pour le roi Léopold qui se sentit obligé d’envoyer à son tour une commission d’enquête.

Cependant le grand public ne fut sensibilisé aux souffrances des populations Congolaises que lorsqu’un couple de missionnaires baptistes, Alice et John Harris, organisa une tournée de conférences en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Ces conférences étaient illustrées de projections de lanterne magique présentant des photographies prises dans la région du « caoutchouc rouge », là où les agents du roi Léopold sévissaient avec le plus de cruauté.

Ces images suscitèrent la pitié et la colère internationale. Devant le scandale, le parlement belge n’eut d’autre solution que de forcer, non sans mal, le roi à céder sa colonie à la Belgique, qui en assura l’administration à partir de 1908.

Mais c’est seulement dans les contes de fée et les films hollywoodiens que les méchants sont punis à la fin. Quand il mourut, l’année suivante, Léopold II était un des hommes les plus riches du monde. Les têtes couronnées d’Europe versèrent une larme à son enterrement et de pompeuses oraisons funèbres saluèrent son « œuvre civilisatrice ».

La page la plus obscure de l’histoire de Belgique

C’est cette page la plus obscure de l’histoire de Belgique que revisite le roman « Le bureau des reptiles ». Le titre fait allusion au bureau de presse mis sur pied par le roi Léopold pour chanter les louanges de l’État indépendant du Congo. Une officine rebaptisée ironiquement « Fonds des reptiles » par les journalistes belges. Une de ses missions secrètes était, en effet, de distribuer aux journaux influents des enveloppes copieusement garnies.

Le roman se situe à l’été 1897, époque où le scandale ne faisait que couver. Léopold II, alors au sommet de sa puissance, avait organisé, dans le parc d’un de ses châteaux, une exposition coloniale destinée à présenter au monde entier les splendeurs de son Congo. Pour la circonstance, il avait même fait venir de leur lointain et mystérieux pays quelque deux cent « indigènes » et les avait jetés en pâture aux visiteurs, en costume local et dans des villages de pacotille.

Lors de la visite de cette exposition, Léo Dover, le jeune journaliste héros du « Bureau des reptiles », a la révélation de ce qui se trame dans l’Etat indépendant du Congo. Dès lors il n’aura de cesse de clamer la vérité. A ses risques et périls.

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